
NAIROBI, Kenya, 19 décembre 2025 – La publication du classement annuel des « 100 Africains les plus influents » par le magazine New African est bien plus qu’une simple liste. Elle constitue un instantané révélateur des dynamiques de pouvoir, d’innovation et de narration culturelle sur le continent. L’édition 2025 marque un tournant significatif : pour la première fois, la catégorie Affaires et Finance (21 noms) devance celle de la Créativité (19 noms). Ce n’est pas un hasard, mais le reflet d’une transformation profonde où les capitaines d’industrie et les architectes technologiques façonnent désormais le destin économique et géopolitique de l’Afrique.
Anver Versi, rédacteur en chef de New African, souligne la portée philosophique de cette évolution : « Cette année, nous observons une tendance chez les Africains à exprimer leurs propres courants philosophiques à une époque de confusion mondiale. Que ce soit dans le domaine de l’éthique de l’IA ou des arts, ces personnes se réapproprient le récit africain. » Cette liste est ainsi devenue, selon lui, « une reconnaissance qui change leur vie » pour ses lauréats, symbolisant une légitimité et une visibilité aux conséquences tangibles.
Décryptage des tendances majeures : Où réside la nouvelle influence ?
- L’ère des bâtisseurs économiques : La prééminence des chefs d’entreprise signale la maturation des écosystèmes financiers africains. On ne célèbre plus seulement la richesse, mais la capacité à structurer des industries, à financer le commerce intra-africain et à attirer les capitaux. La présence de George Elombi, nouveau président d’Afreximbank, est emblématique. Son rôle est crucial pour concrétiser la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), un projet qui pourrait transformer le panorama économique mondial. De même, un investisseur comme Hazem Ben-Gacem (Tunisie) illustre cette expertise financière sophistiquée qui sait identifier et valoriser le potentiel africain, bien au-delà des clichés.
- L’IA, nouveau champ de souveraineté : La catégorie Technologie (8 noms) est entièrement captée par des pionniers de l’Intelligence Artificielle. Ce n’est pas une simple tendance tech, mais un enjeu stratégique. Ces leaders ne se contentent pas d’importer des solutions ; ils conçoivent des modèles d’IA adaptés aux réalités linguistiques, agricoles, sanitaires et logistiques du continent. Leur objectif est clair : garantir que l’Afrique soit un créateur et un régulateur de la quatrième révolution industrielle, évitant ainsi un nouveau colonialisme numérique. Leur travail pose les bases d’une croissance inclusive et répond à des défis uniques, comme l’optimisation des chaînes d’approvisionnement agricole ou le diagnostic médical accessible.
- L’influence par la rupture culturelle : La victoire historique de la sculpteure Nnene Kalu au Turner Prize 2025 transcende le monde de l’art. En devenant la première personne avec de graves difficultés d’apprentissage à remporter ce prix prestigieux, elle accomplit une double rupture : elle défie les canons esthétiques occidentaux et réinvente les récits sur le handicap. Son influence est profonde, inspirant « des centaines de milliers de personnes » et démontrant que la contribution africaine à la culture globale peut être à la fois radicalement innovante et profondément humaine.
- Le soft power politique à l’échelle mondiale : L’élection de Zohran Mamdani, d’origine ougandaise, comme maire de New York, est un cas d’étude fascinant. Elle montre comment la diaspora africaine atteint désormais les plus hauts échelons du pouvoir dans les capitales mondiales. Son influence potentielle pour la « cause africaine » ne réside pas dans un activisme direct, mais dans sa capacité à façonner les politiques, la perception et les alliances d’une des villes les plus influentes de la planète, créant ainsi des ponts politiques inédits.


Analyse des données : Une influence diversifiée mais concentrée
Les chiffres du classement offrent une lecture nuancée de la géographie de l’influence :
- Représentation nationale : Les 32 pays représentés témoignent d’une diversité croissante. Cependant, la concentration reste forte : le Nigeria (21 noms), suivi de l’Afrique du Sud (10), du Kenya et du Ghana (7 chacun), et de la Tunisie (5) dominent le classement. Cette répartition reflète la taille des économies, la vigueur des écosystèmes entrepreneuriaux et le poids démographique.
- Parité en progrès, mais perfectible : Avec 36 femmes pour 64 hommes, la liste montre une lente progression vers une meilleure représentation. La route vers la parité dans les sphères du pouvoir économique et technologique, traditionnellement masculines, est encore longue, mais la présence de femmes dans des rôles de leadership clés est de plus en plus visible.
- Les sphères de l’influence : Derrière les Affaires (21) et la Créativité (19), les catégories Penseurs & Leaders d’opinion (15) et Fonctions publiques (15) sont à égalité. Cela indique que l’influence se construit aussi sur les idées et la gouvernance. Le Sport (13) reste un vecteur puissant de soft power, tandis que les Acteurs du changement (9) et la Technologie (8) représentent les forces montantes et disruptives.
Conclusion : Une influence multidimensionnelle et ascendante
La liste 2025 de New African dessine les contours d’une influence africaine nouvelle, qui n’est plus seulement culturelle ou politique, mais fondamentalement économique et technologique. Elle révèle une génération de leaders qui construisent des institutions pérennes, définissent les règles des technologies d’avenir et réécrivent les récits globaux depuis leurs propres perspectives. Consulter la liste complète et le numéro du magazine permet de saisir la profondeur et la complexité de cette transformation. Il ne s’agit plus d’une simple célébration, mais de la cartographie d’un changement de pouvoir en cours, où l’Afrique assume un rôle de co-architecte de son avenir et, de plus en plus, de l’avenir mondial.
Distribué par African Media Agency (AMA) pour NewAfrican.
Source : African Media Agency (AMA)